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SAN FRANCESCO DEL DESERTO

La semaine dernière, nous avons visité l’île de « San Francesco del Deserto »….  Saint François du Désert ….

Cette île, de 0,02 kilomètres carrés à 5,5 kilomètres de Venise, est située dans la lagune Nord, entre l’île de Burano et l’île de San Erasmo, entourée en rouge sur la carte….

C’est avec l’association culturelle de Torcello : « Centro Studi Torcellani », animée par Marco Molin, que nous avons effectué cette balade….

Après avoir visité l’église de « Santa Caterina » sur l’île de Marzzorbo, nous nous retrouvons sur le quai pour embarquer sur  le « Marinella II° », ancienne barcasse vénitienne à voile, sommairement aménagée pour les promenades en lagune….

Nous voilà une trentaine de vénitiens pur jus embarqués dans ce bateau, protégés par la toile plastique car le soleil n’est pas de la partie en ce début d’avril…. L’ambiance est sympathique….

Nous doublons l’église de « Santa Caterina » sur Mazzorbo….

Nous doublons ensuite Burano et son campanile penché…..

Et cap droit devant vers cet îlot de verdure, « San Francesco del Deserto »….

On l’appelle aussi l’île aux cyprès car toute entourée par ces splendides  grands arbres….

C’est dans ce havre de paix, caché du monde par ces cyprès, que nous débarquons sur cette île tenue par les « frères mineurs », appelés plus communément les « franciscains », l’ordre fondé par Saint François d’Assise… Ces moines ont fait vœu de pauvreté et ne vivent que de charité…. Ils sont 7 franciscains à vivre sur cette île…. C’est en 1220 que Saint François, à son retour de Palestine, y fit halte….

Voici une pancarte qui donne déjà l’ambiance….
« ZONE SACREE ET DE PRIERE »

Un petit canal traverse l’île….

Que pas une seule vaguelette n’est autorisée à troubler la tranquillité….

Une fois débarqués, le long du canal, une allée ombragée nous conduit aux bâtiments….

Au premier détour du chemin, sur le vieux mur de briques, l’inscription « ISOLA DEL DESERTO », l’île du désert…. Ce nom fut donné par la population vénitienne quand l’île fut abandonnée pendant une vingtaine d’année, au XVème  siècle… Pour cause l’insalubrité de la Lagune due au manque de courant à certains endroits, et les moustiques pullulant à foison, propageant le paludisme…. D’ailleurs, tous ces marais salants, en dialecte vénitien, s’appellent « el palude »….

Au bout de l’allée, au bout du mur, l’église et le couvent…..

Nous sommes accueillis par un franciscain au visage d’ascète, le frère Paolo…. (On ne va peut-être pas beaucoup rigoler)….

Fort heureusement, quelques remarques vénitiennes bien à propos arrivent à le dérider…. (Ouf, sauvés)…..

Sur le fronton de la première porte, la devise des Franciscains « PAIX ET BIEN», de part et d’autre du fameux sigle de l’ordre…

Au dessus des 3 arcades protégeant l’entrée, Saint François d’Assise, le fondateur de l’ordre….

Sous les arcades une tablette où trône toujours le sigle des Franciscains, rappelle le miracle des oiseaux accompli par Saint François d’Assise….
Je vous la traduis littéralement, sans interprétation et sans effets littéraires :

« LE MIRACLE DES Oiseaux »
« En une autre circonstance, alors qu’il traversait avec un autre frère la lagune de Venise, il trouva une grande multitude d’oiseaux qui étaient sur les branches à chanter. Quand il les vit, il dit à son compagnon : « les frères oiseaux sont louant leur créateur : donc allons au milieu d’eux à réciter ensemble les louanges du seigneur et les oraisons canoniques ». Ils allèrent
  au milieu d’eux et les oiseaux ne bougèrent pas….
Puis, comme à cause du grand trille, ils ne pouvaient s’entendre l’un et l’autre dans la récitation de leurs oraisons, le saint se retourna vers les oiseaux et leur dit : « frères oiseaux, arrêtez de chanter jusqu’à ce que nous ayons fini de réciter les oraisons prescrites ». Ceux-ci se turent immédiatement et restèrent silencieux, jusqu’au moment où furent récitées bien à l’aise les oraisons et terminées les louanges…..
Le saint leur donna l’autorisation de chanter….
 À peine l’homme de dieu eut accordé la permission, ils se remirent à chanter chacun selon sa manière
 »….

Ceux qui croient toujours au « Paradis » et à « l’Enfer » n’auront vraisemblablement aucun mal à croire en ce miracle…

Au dessus de la porte conduisant au premier cloitre, la phrase  :
« O BEATA SOLITUDO ! O SOLA BEATITUDO ! »
Traduit du latin littéralement :
« Solitude bénie, bonheur seulement »….
Selon les explications du Frère, citation employée pour souligner que c’est seulement en s’isolant de ce monde et des personnes qu’il est possible de trouver la sérénité et le bonheur de l’âme….
Tout un programme !….

 


Passé cette porte, nous voici dans le premier cloitre qui date du XIIIème siècle…. A l’origine, l’auvent était soutenu par de petites colonnes assorties…. Démoli pendant la suppression napoléonienne, le cloitre fut refait après le retour des frères en 1858… C’est en effet Napoléon qui chassa les franciscains en 1806 pour transformer l’île en poudrière….

De la cour du cloître, surplombe le campanile de l’église et une partie de l’édifice….

Au centre le puits datant du XVème siècle, est dit puits de San Bernardino car le Saint, originaire de Sienne, aurait par un signe de croix (rien dans les mains, rien dans les poches) rendu potable l’eau de ce puits polluée par une nappe saumâtre…. Allez, nous ne sommes plus à un miracle près….

De ce premier cloitre, voici la porte donnant accès au second cloître qui nous reste malheureusement close… Hé oui, respect de la vie privée de ces gens là….

Malgré tout, une incursion furtive de mon appareil photo à travers les barreaux en forme de croix de la porte révèle ce magnifique cloître…. Ce second cloître fut l’œuvre du frère Nicolò Erizzo qui gouverna le couvent de 1451 à 1460. Adossé à l’aile antique du treizième siècle, il accueille au rez-de-chaussée le réfectoire et les ateliers et au premier étage la bibliothèque et les cellules des Frères Mineurs….

Une petite torsion agile du poignet et l’appareil photo me révèle, non visible depuis la porte, la décoration de barques joliment fleuries des allées de ce cloître….

Nous voici dans la minuscule église où Frère Paolo nous explique les différentes étapes de ses constructions, démolitions et restaurations successives…. Auparavant elle était deux fois moins longue et deux fois moins haute…. On peut voir la trace de sa première hauteur sur les murs de briques…. L’église possède une seule nef avec le plafond à charpente apparente, construite en 1401, elle englobe  au sous-sol les vestiges de l’église du treizième siècle ; celle-ci était à son tour construite sur un édifice à deux pièces…..

La chapelle de San Bernardino… Elle fut construite au XVème siècle par la famille Lando en l’honneur du Saint originaire de Sienne, et fut donnée aux Franciscains par les héritiers…. Le crucifix de bois est du XVIème siècle….

À l’entrée de cette chapelle, un billot de bois, étonnant ?!…. Et frère Paolo de nous expliquer que c’est dans cet arbre que fut fabriqué le « bâton sacré » de Saint-François d’Assise…. L’arbre mourut, frappé par la foudre, les moines récupérèrent alors un morceau du tronc en souvenir du « bâton » de leur fondateur….

Peut-être ne connaissez vous pas le miracle du « Bâton sacré de Saint François d’Assise » ?…. Je vous le livre in extenso, comme je l’ai découvert, sans changer la moindre virgule :

« LE BATON DE SAINT FRANCOIS D’ASSISE »
« Plusieurs miracles sont attribués à saint François d’Assise (1181-1226), fondateur de l’Ordre des frères mineurs. Selon le Père Jacques d’Autun, prédicateur capucin, dans sa « Vie de saint François d’Assise » (1676), p. 87, le saint, ayant rencontré près de Sienne un chasseur de tourterelles qui les conduisait au marché, fut pris de compassion pour ces oiseaux innocents. Il se les fit donner par le marchand et, afin qu’ils puissent s’abriter et se multiplier, « il planta en terre un bâton qu’il portait, lequel le jour suivant, par un miracle manifeste, crût en un grand chêne fort touffu, lequel subsiste encore aujourd’hui, et les tourterelles y demeurèrent » »
Vraiment trop forts ces Franciscains !….

Dans la salle capitulaire, deux peintures en demi-lune se font face, illustrant l’arrivée de Saint-François sur l’île et le miracle des oiseaux….

Nous revoici à l’extérieur des édifices, dans ce merveilleux écran de verdure, aux pieds des grands cyprès formant  rempart tout autour de l’île….

Sur l’arrière de l’église sont mis en évidence des vestiges architecturaux qui ont survécu le long des siècles : bases et parties inférieures de l’abside du XVème….
 

L’inévitable statue du Saint dans son écrin vert….

 Des sculptures saintes sur les « Ducs d’Albe » appelés aussi « Bricolè » en vénitien, ces poteaux de chêne qui délimitent les chenaux de la lagune…. Remarquable !….

Une autre vision de l’église, à l’arrière des édifices….

Toutes ces tourelles enchevêtrées donnant une ambiance médiévale….

Devant la lagune, ce fer forgé :
« LAUDATE SIE MI SIGNORE »
C’est le « Cantique du Soleil », également connu sous le nom « Creaturarum Laudes » (louange des créatures), chant religieux composé par Saint François d’Assise. Il est considéré comme parmi les premières œuvres de la littérature, si ce n’est pas la première, écrite dans la langue italienne….

Depuis l’île, on ne peut se lasser de ce paysage lagunaire cher à mon cœur, d’où émergent les typiques « barene »….

Avant de quitter un dernier clin d’œil à ce saint des oiseaux par un héron cendré péchant tranquillement « les pieds dans l’eau » devant San Francesco del Deserto….

Pendant le retour, à la mode vénitienne, un petit coup de « Prosecco » à bord terminera joyeusement cette balade lagunaire….

Claudio Boaretto

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