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LA PLUS ANCIENNE FABRIQUE DE MOSAÏQUES A VENISE

La fabrique artisanale de mosaïques ORSONI, ce sont les voisins de l’atelier de peinture d’Hugo, dans le sestiere de Cannaregio à Venise ….

Derrière une porte discrète, où seule une plaque de cuivre et une petite plaque en mosaïque révèlent le nom des « ORSONI », se cache « la più vecchia fornace artigianale di mosaici del monde »,
« le plus vieux four artisanal de mosaïque du monde »….

Sitôt passé la porte, nous arrivons dans la galerie d’exposition…. La renommée de la « Orsoni » trouve ses racines dans la Venise du 19ème siècle grâce à l’esprit d’initiative et aux dons artistiques de Angelo Orsoni….

C’est le succès immédiat quand il présente son panneau nuancier, collection d’émaux en pâte de verre et de mosaïque d’or à l’exposition universelle de Paris en 1889….

(Difficile à « fotografier » car les mosaïques captent immédiatement le moindre reflet, la moindre lueur…. Parfois j’ai fait éteindre les lumières pour faire une « foto », quant au flash, plus qu’à le ranger dans le sac)….

Détail de la mosaïque d’or….

Les « Orsoni », c’est l’histoire unique d’un métier d’art et d’une transmission alchimique et mystérieuse sur 4 générations qui ont fait revivre l’antique travail de la mosaïque byzantine et des purs émaux en pâte de verre de la Renaissance Muranese….

S’ils restaurent encore à ce jour les émaux et les mosaïques de la Basilique San Marco, ils ont aussi participé à la Sagrada Famiglia de Barcelone où les mosaïques de verre ont remplacé la céramique trop fragile dont les couleurs s’altéraient. Aujourd’hui, les mosaïques Orsoni sont présentes dans le monde entier : à Westminster à Londres, au Trocadéro de Paris, au Sacré Cœur de Montmartre,  aux coupoles et aux Bouddhas dorés de Bangkok, au palais des rois d’Arabie Saoudite, aux réalisations religieuses et artistiques de Budapest, à la Pagode du Grand Palais des rois de Thaïlande, au Bund 18 de Shanghai, etc….

Mais revenons à Venise pour admirer quelques pièces dans la galerie de la fabrique où nous retrouvons la mosaïque d’or, ces deux tableaux représentent des extraits des mosaiques de la Cathédrale de Lourdes restaurés par les Orsini….

Une machine artisanale pour le travail du verre et de la feuille d’or….

Le nom du fondateur au pas de la porte du grand salon….

Dans ce sol, typique des anciennes maisons vénitiennes, nous trouvons l’incrustation de mosaïques….

Au centre, une immense mosaïque….

Dans cette grande maison traditionnelle, il y a aussi un Bed&Breakfast créé pour loger les participants qui suivent le « Master in Mosaic »…. Ce master est une sorte d’apprentissage d’une durée d’une ou deux semaines adressé aux artistes, aux designers, aux architectes et créatifs intéressés par l’acquisition de toutes les bases théoriques et pratiques de l’art de la mosaïque et de l’or utilisé dans cet art mussif….

Comme vous le devinez déjà, noblesse oblige, toutes les chambres sont décorées de mosaïques…. Du numéro de porte :

Aux tables basses….

En passant par les lits….

La chambre d’à côté, le pendant….

Une chambre double….

C’est cosy….

Ce magnifique coq rouge et or sur un mur….

Nous sortons dans la cour intérieure et nous tombons en admiration devant les «crogioli », en français, les creusets…. 

Ce sont les « crogioli » (ceux-ci sont hors services), dans lesquels se fait la première cuisson de la pâte de verre pour obtenir la mosaïque…. (De vous à moi, il paraît que c’est le must d’avoir un vieux « crogiolo » dans sa cour ou son jardin, mais, malgré leur fonction juste décorative, ils sont encore vendus assez chers)….

Et nous voici enfin devant le plus vieux four artisanal de mosaïque du monde…. Il en existe deux autres, l’un aux Indes, l’autre au Mexique…. Une quinzaine d’ouvriers travaillent à la fabrique…. Evidemment, nous sommes aujourd’hui samedi, le personnel est en congé hebdomadaire…. Ce sont d’ailleurs ces ouvriers-artisans qui forment les ouvriers indiens et mexicains…

Toutes les autres « fornace » vénitiennes ont dû déménager à Murano, la seule restant à Venise est celle des Orsoni….

Le four comporte trois portes avec en permanence trois « crogioli ». (Quand un d’entre eux se casse ou donne une couleur de fond ils doivent le changer, pour se faire, ils doivent casser le four et le reconstruisent ensuite. Il faut 8 jours pour arrêter le four…) Voicil porte du milieu et celle de droite….

Ils préparent une pâte comme pour toute cuisson de verre avec des oxydes métalliques, le sable et les pigments. La cuisson monte à 1200 degrés dans le « crogiolo ». Voici encore la porte du milieu et celle de gauche….

Ils remuent et retirent le tout cuit avec de très longues et grosses cuillères en métal.

Après cette première cuisson ils prennent la « pizza » de pate de verre sortie du four et la pressent pour obtenir des plaques rectangulaires de 1cm d’épaisseur, comme des tuiles, à l’aide cette machine….

Le matériau est alors très friable et il faut passer rapidement à une deuxième cuisson, dans le second four que voilà :

Ils ont créé récemment des couleurs nouvelles où les pigments sont ajoutés sur la fin et ne fusionnent pas avec le reste de la mixture et il reste ainsi des filaments colorés dans le cœur de la pâte de verre…..

Ils conservent certaines premières cuissons pour être utiliser d’autres fois. 

Notre guide nous montre la différence entre les morceaux de la première cuisson, bleu clair, très friables et cassants, et un morceau de seconde cuisson dans sa main droite, plus fonçé, plus dur et plus solide….

Pour fabriquer un mètre carré de mosaïque au mur il faut 14 à 16 kg de mosaïque….

Après avoir vu cet incroyable four mythique, le plus spectaculaire nous reste encore à découvrir :

La bibliothèque des couleurs…. Témoins de la passion des Orsoni pour l’art mussif, des décennies de méticuleuses formules d’association entre lumière et couleur, la « bibliothèque des couleurs », adjacente à la fournaise, conserve un nombre incroyable de tonalités et des nuances…..

Prés de 3000 nuances différentes y sont stockées…. On ne peut pas classer par couleur et les mettre les unes à côté des autres sinon l’œil s’habitue et fusionne tout en une même couleur et les nuances ne se distinguent plus.

Des jaunes absolus ou solaires, des verts cristallins ou denses, des rouges allumés ou des roses pastel et mouvementés, se poursuivent ainsi les tonalités des tablettes de verre colorié qui reposent sur les très anciennes étagères, imprégnées du mystère du passé…. Bref, une vraie caverne d’Ali Baba !…..

Au milieu de la bibliothèque et partout où se libère un espace, des centaines de milliers de pièces déjà découpées et prêtes à l’usage…..

Nous arrivons maintenant dans l’atelier où l’on fabrique les mosaïques avec la feuille d’or…. Notre guide nous fait voir les différentes nuances…

Pour les mosaïques à la feuille d’or il est d’abord fabriqué une grosse bulle de verre soufflé. Cette bulle est ensuite taillée en petits rectangles format post-it, donc légèrement incurvés et très fins.

Sur chaque rectangle de verre est posé, à la main une feuille d’or collée grâce à un pistolet à vapeur car on ne peut pas « toucher » la feuille trop fine et fragile….

Ensuite il y a de nouveau cuisson avec la fine couche de verre sur la feuille ainsi emprisonnée, le tout posé sur une autre couche de verre beaucoup plus épaisse, de couleur bleue, le bleu faisant ressortir la couleur de l’or.

La découpe artisanale donne une toute autre vie au rendu final. Pour la découpe on pose une sorte de cadre sur la plaque de verre et avec la pointe de diamant on trace des lignes rectilignes….

Avec un deuxième instrument comme une petite enclume et un marteau approprié comme visible sur la « foto » ci-dessous,

D’un petit coup sec du marteau, on casse la plaque selon le trait tracé au diamant.

On voit bien sur la « foto » suivante les plaques à travailler et dans le sac en plastique les mosaïques à la feuille d’or découpées….

Nous passons ensuite dans la salle de travail des stagiaires du « Master in Mosaic » où nous pouvons voir les œuvres en cours….

De retour par la cour interne, nous pouvons admirer d’autres « crogioli »….

Passage par les bureaux où les mosaïques montrent le chemin du sol jusqu’au portes, et derrière la porte, les lignes continuent….

Et nous admirons à loisirs les nombreuses œuvres exposées….

Où la mosaïque à la feuille d’or règne en maitre…..

Nonobstant le travail de l’artiste, un m2 de mosaïque à la feuille d’or vaut autour de 2000 euros…. 

Un cygne dual, le noir….

Le blanc….

Un magnifique triptyque sur Venise…. Le premier des trois tableaux….

Le second….

Le dernier….

L’ensemble….

Les thèmes religieux sont des thèmes de prédilections pour les mosaïques dorées, que ce soit dans les céthédrales, les mosquées, les temples, etc….
Le Christ….

La vierge à l’enfant….

Avec le portrait du fondateur….

La marque de la maison….

Et pour la fin, mes deux petites mosaïques préférées…. Le fer de proue de la gondole….

Et  Venise….

Fabuleuse visite…. Sachez malgré tout que la fabrique n’est pas ouverte au public et nous remercions vivement la famille Orsini, en bons voisins, de nous avoir accordé ce privilège….

Claudio Boaretto

 

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