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L’ILLUSION DES LUMIERES AU PALAZZO GRASSI A VENISE

«L’illusion des lumières» c’est le nom de la nouvelle exposition du «Palazzo Grassi», temple permanent, couplé avec la «Punta della Dogana», de l’art contemporain à Venise….

Je ne vous ferai pas une visite exhaustive, mais vous montrerai simplement les œuvres qui ont attiré mon attention, assorties des explications données par les organisateurs de cette exposition….

Malheureusement, l’œuvre la plus fantastique exposée à l’entrée du palais, dans l’atrium, est interdite à la «foto», je ne puis donc vous la faire partager que par l’écrit …. Je ne m’insurgerai pas contre cette interdiction car un flash d’appareil « foto » perturberait sans aucun doute l’équilibre lumineux de cette œuvre spectaculaire…. Cette installation (crée en 2012), de Doug Wheeler (né en 1939 en Arizona), est un espace de lumière blanche, comme un brouillard imperceptible et insaisissable remplissant le gigantesque atrium du palais…. Une fois entré dans cet espace, nous perdons la dimension architecturale du lieu, nous n’avons plus la notion des murs, des angles, du plafond, je dirai même du ciel…. Nous pénétrons alors dans un champ lumineux blanc, hypnotique et immatériel, capable de désorienter et modifier la perception de notre propre corporalité et de ses limites…. Nous ne savons plus où sont les contours de l’espace, nous osons à peine avancer avec ce réflexe de tendre la main mais nous ne touchons que le vide…. Dans ce blanc lumineux nous sommes autant désorientés que dans une nuit noire où l’œil est aveugle…. C’est une des installations les plus spectaculaires que je n’ai jamais vue, si vous passez à Venise, il faut absolument faire le détour !….

Une fois contourné cet espace fantastique, nous empruntons l’escalier monumental où nous attend, face à nous, une œuvre lumineuse….

C’est un assemblage de lumières et de néons qui s’allument et s’éteignent formant à chaque fois des combinaisons différentes mais agréables à regarder, comme un décor de spectacle de variétés…. L’artiste, Philippe Parreno (né en 1964 à Oran), expérimente le pouvoir de la lumière…. Les effets lumineux utilisés dans un contexte artistique se réfèrent au système de codes du monde du spectacle, en évoquant son immédiateté, sa vacuité et son pouvoir d’attraction….

Nous voici dans les salles du premier étage du Palazzo Grassi….

Le salon noir, une œuvre du belge Marcel Broodthaers (1924-1976) en hommage à son ami et poète belge disparu Marcel Lecomte….
Posé à la verticale contre le mur, le cercueil participe à la veillée funéraire, alors que le visage du défunt apparaît décomposé en positif et en négatif dans les pots posés sur les étagères à l’intérieur du cercueil….

La carte de visite cornée posée sur la table marque l’importance de la visite faite à l’ami disparu…. L’artiste traite les objets comme s’il s’agissait de mots, en les plaçant dans l’espace compris entre le dicible et le visible….

Le Newyorkais Dan Flavin (1933-1996) est considéré comme l’un des artistes emblématiques du minimalisme…. Les modules à la base de ses œuvres lumineuses sont des tubes de néon fluorescents de production industrielle disposés en de simples combinaisons symétriques à composer en séries potentiellement infinies…. Cette œuvre se présente comme une installation d’espace-lumière qui crée une atmosphère à la fois froide et logique, mais qui évoque en même temps une recherche spirituelle et une exploration linguistique….

Une œuvre d’Antonio Muntadas (né en 1942 à Barcelone)…. L’espace entre les deux sources de lumière, l’une naturelle, l’autre artificielle, prend vie grâce à la juxtaposition de deux époques, de deux technologies, et deux durées…. Avec la consommation de la bougie, qui mesure et marque le temps, se creuse l’espace entre les deux protagonistes de la scène….

Nous pénétrons dans une salle absolument obscure, où l’on ne distingue même pas le voisin à 50 centimètres de nous et face à nous une sphère lumineuse d’environ 4 mètres de diamètre…. C’est l’œuvre de l’argentin Julio Le Parc (né en 1928), «Continual Lumière Cylindrique»….

La lumière devient le sujet de sa propre action, puisque les rayons lumineux se déplacent au hasard, dans des séquences toujours différentes…. Le résultat échappe au contrôle de l’artiste et ne peut être expérimenté de façon identique par deux spectateurs, même s’ils regardent le même jeu de lumière….

 

Pour vous faire comprendre pourquoi les « foto » peuvent parfois être interdites sur certaines œuvres, comme la première de cette expo, je balance un coup de flash impertinent et tout à coup disparait le mystère et la magie de l’œuvre pour en apercevoir les coulisses, et découvrir mon ami Phil-Rich le nez sur le cylindre, se demandant comme il fonctionne…. mdr….

Troy Brauntuch (né en 1954 dans le New Jersey), à l’aide d’un crayon blanc et de pigments noirs sur des toiles de coton, produit des variations subtiles de clair-obscur en créant des images apparemment banales…. Malheureusement mes «foto» ne rendent pas l’effet réel de ces toiles qui, au premier regard, sont quasiment noires…. Il convient de s’arrêter et d’habituer sa vision à l’obscurité pour pouvoir saisir le détail de ces œuvres…. Dans «Mark’s Camera 2» un appareil photo est immergé dans un espace irréel soulignant ainsi son inutilité….

Suspendu entre «Criminal»

Et «State Trooper», ces trois toiles forment une sorte de séquence cinématographique où les relations entre les différentes scènes restent suspendues dans le néant…. Ces représentations énigmatiques à la limite des ténèbres, comme s’il s’agissait de photo sous-exposées ou prises dans la brume, contrastent avec les images plus explicites et rapide de notre quotidien et renvoient à des mécanismes complexes de la mémoire, tout en nous mettant dans une position de voyeur….

Dans la salle suivante, c’est plutôt la mise en scène que les œuvres en elles-mêmes qui retiennent mon attention….

Danh Vo, (né à Saigon en 1975), d’une famille de réfugiés, vivant et travaillant à Berlin présentent des photos, des souvenirs des fragments qui ont bien sûr une force de témoignage…. Présentés ensemble, ces éléments questionnent le concept de colonialisme et les modalités avec lesquelles il a influencé les mémoires collectives et individuelles….

Mais dissimulées par des voiles, la netteté des images est mise en question créant ainsi un court-circuit entre ce qui est indéniable et ce que nous refusons de percevoir….

«À chaque stencil une révolution», c’est l’intitulé de cette œuvre de Latifa Echakhch (née en 1974 au Maroc), qui nous invite à réfléchir sur la valeur du papier carbone, un matériau obsolète qui, pendant les protestations des années 60, constituait l’un des principaux vecteurs d’idées et d’informations….. L’installation est liée à un souvenir de l’artiste : celui d’un vendeur ambulant de jasmin à Beyrouth qui, pour protéger le parfum et la fraicheur de ses fleurs les couvrait d’une chemise…. Cette image éthérée constitue également un symbole sublime de résistance au chaos de la ville….

Une œuvre de Robert Whitman (né en 1935 à New York), dont le sol devient une scène sur laquelle pourrait survenir à tout instant un drame, tandis que du plafond pend une ampoule de laquelle coule en apparence de l’eau…. La lumière passe d’une intensité forte à une luminosité ténue par cycles de trois minutes donnant vie à une séquence infinie d’alarmes et de prémonitions….

En réalité, ce n’est pas de l’eau qui coule mais une huile minérale dont on perçoit la goutte au bout de l’ampoule….

« Crossroads », œuvre de l’américain Bruce Conner (1933-2008)…. En s’appropriant des images des essais nucléaires effectués par l’armée américaine en 1946 sur l’atoll de Bikini, le film incite à une méditation lyrique sur la bombe atomique

L’immersion dans cette puissance destructrice transforme le champignon nucléaire en une force cosmique universelle, une manifestation du sublime haute de treize kilomètre, enregistrée à distance par 500 caméras….

«8×8’Fourfold» (2010), œuvre de Robert Irwin (né en 1928 en Californie)…. C’est un rideau lumineux qui envahit et modèle la pièce grâce à des néons de différentes tonalités…. L’usage du néon crée un dialogue entre le monde de l’observateur et celui de l’œuvre observée : selon sa propre expérience, le visiteur s’interroge sur ce qu’il est vraiment en train de voir et instaure un nouveau rapport avec son espace….

« Les veilleurs » (2014), œuvre de Claire Tabouret (née en 1981) qui peint un groupe d’enfants tenant des bâtons d’un blanc luminescent qui rythment la composition…. L’élément central du tableau est la lumière verte, sinistre, qui semble provenir de l’intérieur des personnages et qui envahit l’espace du tableau, en figeant le temps en un instant inquiétant….

Voilà pour le premier étage du Palazzo Grazzi….

Le second étage nous propose l’exposition « Résonnance » du photographe IRVING PENN….

J’avoue, à ma courte honte, qu’avant de visualiser cette expo, je ne connaissais pas Irving Penn….

Photographier des photos ce n’est pas ce qu’il y a de mieux et le résultat ne peut être que médiocre, mais bon, je n’ai pas d’autres moyens pour vous faire partager cette exposition…. Cette exposition affichant une bonne centaine de « foto » je ne vous montrerai que celles qui m’ont interpellé ou amusé….

La première « foto » de l’expo :
« Woman with roses (Lisa Fonssagrives-Penn in Lafaurie dress) Paris 1950

Two Guedras, Maroc 1971

Marc Chagall, Nex York 1947

Hippie Family, San Francisco 1967

Nubile young beauty of Diamare, Cameroun 1969

J’ai bien aimé quelques natures mortes en couleur comme le camembert coulant….

Et la pastèque bien mure….

Évidemment je ne pouvais pas rater les bikers des années 60….

Sur Harley Davidson !….

Toujours attiré par le monde animal, ce qui m’a le plus interpellé dans les « foto » d’Irving Penn ce sont ses crânes d’animaux….

Je ne vous ferai pas l’économie de ces 21 très intéressantes photos de nos cousins mammifères que j’ai longuement contemplées….

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 et notre plus fidèle compagnon….

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 Pour changer d’ambiance, nous terminerons cette visite sur deux jolies notes florales….

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 Claudio Boaretto

 

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