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L’ÎLE DE TORCELLO

Quand le touriste visite Venise, après la place Saint Marc et le Pont du Rialto, s’inscrit obligatoirement au programme la visite des îles lagunaires les plus connues, Murano pour le verre, Burano pour la dentelle, et Torcello pour ses édifices religieux….

C’est à Torcello que je vous emmène aujourd’hui….Une petite carte permet de situer Torcello sur la lagune Nord ; suivre la flèche rouge (Nord indiqué par la grosse flèche noire)….

Pour plus de précision une foto satellite livrée par Monsieur Gogole permet de bien localiser Torcello par rapport à Burano, Venise étant à une petite heure de navigation….

Torcello, c’était « la Venise d’avant » et formait un vaste complexe insulaire avec les iles de Burano, Mazzorbo, ainsi que les îles quasiment disparues aujourd’hui de Costanziaco et d’Ammiana, vaincues par l’érosion lagunaire. Le développement de Torcello trouve son apogée au Xème siècle :

« Au Xème siècle, Torcello compte 10 000 habitants, pas moins de 10 églises et plusieurs couvents. Important comptoir commercial, Torcello est l’île la plus puissante et la plus riche de la lagune. Les salines des marais de la lagune forment la base de l’économie de Torcello et son port se développe rapidement pour devenir un important marché au cœur des routes commerciales entre l’est et l’ouest de l’Europe. »

Le déclin de l’île :

« À partir du XII ème siècle, la lagune entourant Torcello s’envase. La navigation y devient progressivement impossible et la malaria s’y propage. Les habitants quittent alors l’île pour aller s’installer à Burano ou à Murano ou sur l’île de « rivus altus », la zone du futur Rialto où le pouvoir politique se déplace peu à peu. Torcello est désertée»….

Aujourd’hui, Torcello compte un soixantaine d’habitants permanents vivant de l’agriculture ou du tourisme et de la restauration( 4 restaurants sur cette petite île)…

Une dernière carte vous permet d’appréhender la topographie de l’île, la flèche rouge désigne l’embarcadère sur lequel le touriste débarque du vaporetto, il suit la route blanche bordée par le canal de Torcello jusqu’à la flèche bleue, (moins de 10 minutes de marche) où se trouvent la place et tous les monuments, l’église Santa Fosca, la cathédrale Santa Maria Assunta, et le musée…. Ce que je désigne par la flèche verte sont les marais envasés….

Nous voilà donc à l’embarcadère….

Où une « Vierge Marie » nous accueille sous le panneau « Torcello »….

Trois à quatre maisons isolées sur la rive à notre bâbord….

Sur tribord le canal de Torcello le long de la « Fondamenta dei Borgognoni »…. C’est ce canal que nous empruntons avec nos bateaux perso quand nous venons « nous faire un resto » à Torcello…

Au loin nous apercevons le campanile, repère de l’île, en France nous le qualifierions d’Amer, pas de chance, il est en restauration…. Dommage, pour faire une « foto » plus sympa, il nous faudra attendre car quand les travaux commencent ici, il faut compter un an ou deux, voire plus pour en voir la fin….

Nous empruntons la Fondamenta pour rejoindre le petit centre historique…. Au premier plan une petite gargote, au loin le « pont du diable » enjambant le canal….

Je vous recommande cette petite gargote, le spritz est servi bien frais pour 2,50€ et vous pouvez déguster un « fritto misto » (friture de calamars, crevettes, sèches, ect .), installé au soleil, pour presque rien, c’est le p’tit resto le moins cher de l’île….

Et voici le fameux « Ponte del Diavolo » le Pont du Diable, un des rares ponts sans parapet….

Pour que vous sachiez tout, je dois absolument vous narrer la légende du Pont du Diable de Torcello que voici dans son intégralité :

« Durant l’occupation autrichienne, une jeune vénitienne tomba amoureuse d’un officier de l’armée d’occupation. La famille fit aussitôt obstacle à cet amour impossible et mit tout en œuvre pour mettre fin à cette histoire d’amour entre les deux jeunes gens. Ils éloignèrent la jeune fille de Venise mais elle trouva le moyen de revoir son amoureux en secret.

Un jour, le jeune officier ne se présenta jamais au rendez-vous de sa bien-aimée. Ne s’avouant pas vaincue, elle l’attendit jusqu’à ce qu’on lui révéla que son amant fut assassiné…. L’on ne sut jamais mais on pensa que la responsabilité en revint aux parents vu la haine qu’ils éprouvèrent pour son amoureux….

La jeune fille se laissa alors dépérir, elle ne mangea plus et resta recluse dans sa chambre…. Les parents, bouleversés de douleur, comprirent la grave erreur qu’ils avaient commise mais à laquelle ils ne purent plus remédier….

C’est alors qu’un ami de la famille communiqua à la jeune désespérée qu’il existait une possibilité de retrouver son amoureux. Il fallait alors consulter une vieille sorcière qu’il connaissait bien.

La jeune fille courut chez la sorcière qui accepta de l’aider. Cette dernière fit un  pacte avec le diable : le jeune officier reviendrait à la vie en échange de l’âme de sept nouveau-nés chrétiens, morts prématurément mais baptisés.

La jeune fille tellement désespérée  consentit  à ce pacte sans vraiment y réfléchir, aveuglée par son amour…. Le contrat fut stipulé et accepté, il ne restait plus qu’à trouver le lieu où interviendrait l’échange : le diable proposa le pont de Torcello, lieu isolé, relativement caché et surtout sans église à proximité….

Peu de jours avant Noël la jeune fille et la sorcière se rendirent au rendez-vous, dans la nuit, sur le côté droit du pont. Vers minuit, la sorcière donna à la jeune fille une pièce d’or et la manda au milieu du pont.

La sorcière alors invoqua le diable qui se manifesta, noir et gigantesque, face à la jeune amante. Sans dire un mot, le démon montra de dessous sa langue une petite clé dorée, prit en échange la monnaie  d’or de la jeune fille et cracha la clé d’or dans l’eau, où l’ombre du pont se reflétait sous la lune….

A peine la clé toucha l’eau que l’autre coté du pont apparut le jeune officier autrichien. Alors la jeune fille descendit du pont, rejoignit son amoureux, souffla la chandelle et l’obscurité les envahit, les portant dans un lieu intemporel où ils purent vivre enfin réunis leur histoire d’amour sans être inquiétés….

Mais le diable voulut être payé. Sept âmes était le prix convenu…. Le diable et la sorcière s’accordèrent pour la terrible livraison : elle devait survenir la nuit du 24 décembre sur ce pont….

Le diable et la sorcière ne savaient pas qu’ils étaient épiés : caché derrière un buisson se trouvait un jeune homme qui, voulant sauver les sept nouveau-nés, pensait bien assassiner la sorcière. Il la suivit jusqu’à sa maison, et, quand il fut certain qu’elle s’était endormie, rapidement il mit le feu à la masure en bois et en paille ou dormait la vieille….

En peu de temps, la masure et la sorcière furent réduites en un petit tas de cendres….

Le diable, ne sachant rien de la mort de son adepte, le 24 décembre revint sur le pont de Torcello comme convenu et attendit en vain sa charge d’âmes chrétiennes….

Depuis lors, à chaque veille de Noël, un chat noir erre dans le voisinage du pont attendant que la vieille sorcière le rejoigne pour damner les sept âmes des enfants chrétiens, comme promis…. »

Et voilà, vous connaissez maintenant l’histoire du « pont du diable », qui vous semble tout à fait crédible, évidemment…. Enfin,  tout aussi crédible que l’enfer et le paradis, ou qu’un Jésus ressuscitant des morts trois jours après son trépas sur la croix….

Une maison fait face à ce pont de pierre et de brique…. (Il m’a fallu quand même demander, gentiment, aux deux touristes anglais assis sur le pont depuis une heure (et que l’on voit sur la première foto du pont) de bien vouloir http://parmacieenligne.com/levitra.html lever quelques instants leurs fesses pour que je puisse le « fotografier », si bien que je n’ai pas pu le prendre sereinement et sous les angles que j’aurais préféré, les deux touristes en question attendant impatiemment de se rassoir !….)

Le long du quai, déjà quelques jardins fleuris en ce début mars….

Le second pont en pierre de l’île, mais avec parapet….

Encore un restaurant, moins économique mais fort agréable…

Et son reflet sous le pont….

Les  maisons et leurs cheminées à cloche typiquement vénitiennes….

A notre tribord, la fameuse « Locanda Cipriani » ouverte en 1934 par Giuseppe Cipriani…. C’est ce dernier qui acquit en 1953 une petite parcelle de terrain sur l’île de la Giudecca, face à San Giorgio Maggiore, pour y fonder en 1958 le célèbre hôtel « Cipriani », un des plus luxueux au monde….

Le côté face de la « Locanda Cipriani » ….

Le côté pile…. Rien qu’avec le prix du « couvert », (qui n’a rien à voir avec le « service », c’est-à-dire en Italie le droit de vous installer à une table et d’avoir une assiette (vide) et des couverts), vous pouvez manger un « fritto misto » à la gargote de tout à l’heure….

Mais ce lieu est tout un symbole qu’il me faut raconter pour ceux qui l’ignorent :

La « Locanda Cipriani » fut l’endroit de passage de nombre de célébrités à l’époque : Elisabeth II d’Angleterre, le prince Charles et Lady Diana, Maria Callas, Charlie Chaplin, et bien d’autres…. Mais surtout le passage prolongé d’Ernest Hemingway….

Hemingway contraignit en 1949 Giuseppe Cipriani  à laisser la Locanda ouverte comme le rappelle son fils, Arrigo Cipriani, dans ses mémoires :

« Hemingway était encore robuste et exubérant et de temps en temps, quand il trouvait quelqu’un plus ou moins de sa force, il le défiait, dans la bonne humeur, à la boxe dont il était passionné. A la fin du défi, il n’y avait ni vainqueur ni vaincu et cela se terminait toujours par une véritable beuverie. Si Hemingway semblait vivre librement dans la journée, il était d’une implacable précision dans son travail. A 22 heures il se retirait dans son appartement pour écrire, il voulait dans sa chambre 6 bouteilles d’Amarone, ce vin de Vérone. Cela durait toute la nuit ; au matin nous retrouvions les bouteilles vides…. Ce qui ne l’empêchait pas, souvent le matin très tôt, de partir à la chasse aux canards »….

Un homme de goût l’Ernest, car je dois vous avouer que l’Amarone, titrant à 15°, est mon vin italien préféré, mais six bouteilles par nuit, total respect !….

C’est là, à Torcello, qu’Hemingway écrivit le roman «Across the River and into the Trees» (1950), publié en français sous le titre Au-delà du fleuve et sous les arbres.

Une dernière foto panoramique pour tout voir le bel envers de la « Locandina Cipriani »….

En arrivant sur la place de Torcello, c’est d’abord le musée et son petit clocher qui nous accueille….

Il recèle des vestiges de l’histoire de Torcello, lapidaires, fragments de mosaïques et de céramiques, livres, documents, etc…

L’église, la cathédrale et le campanile….

Trop moche, je préfère l’église, la cathédrale mais sans le campanile….

L’église octogonale de Santa Fosca, et son magnifique portique à arcades surhaussées vénéto-byzantines appuyées sur des colonnes de marbres la reliant à la cathédrale, comme visible sur cette « foto »….

Gros plan….

Et l’on peut cheminer ainsi sous les arcades de l’église à la cathédrale….

Santa Fosca vue depuis les jardins derrière l’église….

Je ne vous parlerai pas de l’intérieur, car il est interdit d’y prendre des « foto », ce que j’ai du mal d’ailleurs à comprendre…. Que l’on interdise le flash, c’est normal, mais la « foto » ?!…..

(Puisque Claudio, le reporter de cet article n’en parle pas, je reprends la main pour simplement dire que l’intérieur de Santa Maria Assunta est absolument magnifique et qu’il ne faut vraiment pas hésiter à payer les quelques euros que l’on vous demande pour y entrer: vous y verrez de magnifiques mosaïques des XI et XIIème siècles si je ne me trompe pas et un sol splendide rivalisant avec celui de la Basilique Saint Marc, celui-ci du XIIème. Les fresques en mosaïques sont passionnantes, personnellement j’y passe toujours beaucoup de temps, car les détails sont très intéressants. Voilà la description citée dans wikipedia:

“Il s’agit d’une sorte de poème complexe qui présente un récit synthétique de la rédemption et de la damnation. Les conséquences du Jugement dernier y sont envisagées pour l’ensemble de l’univers autant que pour les créatures individuelles. Se succèdent, en partant du haut, le Christ crucifié, le Christ rédempteur brisant les portes de l’enfer pour racheter l’humanité et le Christ dans sa mandorle, entouré des apôtres.

Les registres inférieurs sont garnis de scènes apocalyptiques…Ces scènes représentent la résurrection des morts, la lutte des anges et des démons pour la conquête des âmes après le Jugement, la pesée des âmes, les supplices infligés aux différentes sortes de pécheurs et la béatitude éternelle accordés aux élus.»  Giandomenico Romanelli – court extrait”

Ensuite je peux sûrement coller quelques photos publiques de wikipedia et je finis là ma petite parenthèse (Flo):


 

A côté de l’église la monumentale cathédrale de Santa Maria Assunta…. L’espace est trop petit en cet endroit et il n’est pas possible de prendre toute la cathédrale de face, faute de recul…. Au premier plan le baptistère et ses vestiges….

Vue depuis l’intérieur….

Pour vous donner une idée de la cathédrale il faut s’éloigner un peu pour la prendre sur son travers….

Ou son envers, « foto » difficile car en plein contre-jour, je me sers du campanile pour masquer le soleil….

J’en profite pour m’éloigner relativement loin de la cathédrale, là où ne s’aventure pas le touriste moyen, pour vous faire découvrir les marais envasés….

Cela nous donne une petite idée de l’envasement  au XII ème siècle de la lagune autour de Torcello, provoquant la malaria, le paludisme, et faisant fuir les habitants provoquant ainsi le déclin de l’île…..

Les rayons du soleil par moment font ressortir les couleurs….

Au loin nous arrivons à distinguer les maisons colorées des pêcheurs de  Burano….

Mais revenons sur la place, il ne faut pas rater le « Trono di Attila », le trône d’Attila…. Là encore, galère, au bout d’un long moment d’attente où les touristes se bousculaient presque les uns les autres pour se prendre en « foto » assis sur le trône, j’ai encore du demander courtoisement  s’ils voulaient bien laisser le siège libre quelques instants pour que je puisse le prendre sans personne assis dessus….

Sinon, je crois bien que, contrairement à la légende, Attila ne s’est jamais assis sur ce trône, en revanche les religieux et les tribuns de l’époque rendaient la justice assis sur ce siège…. Un gros plan pour ne pas voir les pattes des touristes qui attendent de s’asseoir….

Mis à part ces monuments, j’éprouve autant de plaisir à shooter les maisons de Torcello au style indubitablement vénitien….

Cette petite maison au bord du canal avec son pont privé en bois et son petit bateau à quai, hum, que ça fait envie !….

Entre ces deux maisons sur la place,

Une petite cour habitée par des statues….

Et toujours les fameuses cheminées vénitiennes trônant sur le toit des maisons….

Nous avons vu presque tout ce qu’il fallait voir, et, sur le chemin du retour je pensais reprendre calmement en foto le pont du diable, libéré, je l’espérais, de mes deux touristes anglais…. Quelle ne fut pas ma déception, c’était maintenant une dizaine de touristes assis sur le pont !…. Incroyable….

Allez, je préfère shooter l’œil attentif de ce coq….

qui surveille ce chat à l’affut ; chat qui n’a pas la robe du Soriano, mais, malgré tout, la même morphologie, la même tête aux grosses bajoues, et les mêmes yeux verts….

Claudio Boaretto

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