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L’ÎLE DE SAN PIETRO DI CASTELLO ET LA DERNIERE MAISON DE VENISE

En vénitien nous disons l’île de « SAN PIERO DE CASTEO », située à l’extrémité orientale de Venise comme nous pouvons le voir sur la carte…. Au nord, les bassins de carénage, au sud, l’île de « Sant’ Elena »  avec la darse des voiliers de plaisance, à l’ouest le sestiere de « Castello » dont l’île fait partie intégrante, et à l’Est, la lagune et l’Île de la « Certosa » juste avant l’embouchure de « San Nicolò » donnant sur l’Adriatique….

Un petit zoom sur la carte pour examiner cela de plus près….

L’île, qui a la forme d’une olive, est reliée au sestiere de Castello par deux ponts…. Le pont de « Quintavalle » et le pont de « San Piero » qui donne directement sur l’ancienne basilique…. Cette île aux confins de la Sérénissime était autrefois relativement déserte, n’y circulait que les insulaires et de très rares touristes, mais depuis une quinzaine d’années un embarcadère de vaporetto est installé, que j’ai marqué d’une croix rouge sur la carte, ce qui fait qu’il est beaucoup plus facile d’atteindre l’île sachant que 4 lignes de « Motoscafi » s’y croisent…. Je désigne également d’une flèche bleue, la dernière maison de Venise, à l’extrémité Orientale de la Cité….

Quand nous arrivons en « Motoscafo » (version plus petite et plus rapide du vaporetto) voici la première image que nous avons de « San Piero »…. La grande maison claire à droite, c’est la maison fléchée en bleue sur la carte précédente et nous distinguons en arrière plan le campanile de San Piero et la coupole de l’ex-basilique….

En s’approchant nous voyons bien l’embarcadère et l’ultime maison de Venise….

Que nous voyons mieux une fois pied à terre….

Cette ultime maison de Venise n’offre aucun intérêt du point de vue architectural, mais elle me tient à cœur car c’est la maison natale de Linda Nicolaj, ma maman…. (J’ai d’ailleurs en juillet 2011 publié un billet sur les Nicolaj de Venise :  ici)

C’est toujours avec un brin d’émotion que je passe devant cette maison et il me vient en mémoire tous les souvenirs que me racontait mia Mama sur sa première jeunesse dans ce quartier….  Par exemple, la porte d’entrée et la fenêtre par laquelle elle se sauvait pour plonger dans la lagune lorsqu’elle trompait la vigilance de ma grand-mère, la Nona Gemma….. c’était dans les années 30 du siècle dernier….

Le petit escalier de pierre par lequel elle remontait après s’être baignée et copieusement disputée par sa mère….

La rive le long du canal du Quintavalle où elle gambadait…. L’île d’ailleurs s’appelait Quintavalle, nom de la famille des premiers occupants de l’ile au  5ème siècle…. D’ailleurs ma mère ne disait jamais qu’elle habitait à San Piero, je l’ai toujours entendu dire qu’elle habitait à « Quintavalle »….

La maison d’à côté où demeuraient ses petits copains et copines….

La fin du quai, le bout de Venise, juste là où maintenant est installée la passerelle de l’embarcadère de l’ACTV, Agence Communale de Transports Vénitiens….

Et après plus rien, sinon, derrière cette extrémité orientale de Venise, la lagune…. Vous comprenez bien que personne ne s’aventurait ici avant que l’ACTV n’y débarque ses passagers….

Je profite au passage pour « shooter »,  face au quai, un cormoran séchant ses ailes en haut de la balise signalant les câbles Telecom….

Continuons notre balade…. Nous arrivons sur le « campiello dei Pomeri », la petite place des pommiers…. Car si en italien une pomme se dit « una Mela », en vénitien nous disons « un pomo »….

Un regret de ma part car j’ai toujours vu cette place remplie d’une quinzaine de chats devant la maison grise…. Mais depuis que la municipalité a éradiqué la gent féline à cause, parait-il, du sida du chat, la place est tristement déserte, témoin ce chien couché qui semble s’ennuyer….

Sur le côté droit de la place, derrière le mur, une maison traditionnelle avec son linge sur le fil, comme partout ici….

Juste après ce campiello, nous arrivons au détour d’une calle, et là c’est clairement inscrit, « zone militaire, défense d’entrer »….

Bon, vous me connaissez, pour un soixante-huitard attardé comme moi, « interdit d’interdire » et ce n’est pas les soldats de l’armée des militaires qui vont m’impressionner et m’empêcher de me promener sur l’ile natale de ma mère….  Non mais, on est chez nous !…. Je rentre et je tourne le coin pour découvrir une calle absolument déserte, pas de planton, pas de sentinelle, que dalle !….

Mis à part une porte entourée de deux drapeaux….

Commandement de la zone de phares de l’Adriatique, Venise….

Ils doivent roupiller derrière, parce que, attention, si on sonne à la porte faut se faire reconnaitre, je traduis ;

« Pour l’ouverture du portail, sonner par l’intermédiaire du bouton et se positionner pour être visible, vers la caméra postée sur votre gauche dans l’angle en haut du mur d’enceinte »…. Z’ont peur ou quoi ?….

Je continue mes investigations dans cette zone interdite, jusqu’au canal…. Là, quelques bateaux de la marine et le bâtiment militaire caché derrière le mur d’enceinte, surmonté d’une grande antenne….

Nous continuons la promenade, vue du pont de Quintavalle depuis « Sant’ Ana », donc l’île de « San Piero » est face à nous….

Un panoramique de ce joli pont de bois qui enjambe le large rio de San Piero….

Une petite calle….

Menant à une cour discrète….

La « Corte dei Preti », la cour des prêtres…. Mon ami Klod ne l’avait pas répertoriée cette « Corte » du bout de Venise….

Une impasse faisant partie de cette « Corte »…

Plus loin une autre impasse, bien verte….

Le coin de la « ruelle derrière le clocher » où tous ceux qui veulent rejoindre l’ex-basilique sont obligés de passer s’ils proviennent de l’embarcadère ou du pont de Quintavalle….

Et voilà encore quelque chose qui me chagrine…. Sur les « Nizioleti » (en vénitien : « les petits draps », ainsi que l’on appelle ces rectangles blancs  peints sur les murs) les noms des calle, des « campi », des « corte », etc.,  sont depuis toujours écrits en vénitien…. je remarque que celui-ci est écrit en italien :

« Calle dietro il Campaniel »

Si le mot « Campaniel » (pour clocher) est bien vénitien « dietro il » est purement italien….

Il devrait être inscrit :

« Calle dadrio el Campaniel »….

La raison en est qu’une adjointe au maire, responsable de la toponymie à la commune de Venise, a donné son aval l’année dernière pour « italianiser » les « Nizioleti » au fur et à mesure qu’on les repeignait, sous prétexte que les noms de rues devaient aussi servir aux touristes et aux étrangers…

Les Vénitiens sont alors restés bouche bée quand les « Rio Terà » sont devenus soudain des « Rio Terrà » ou quand les «sottoportego» sont  devenus «sottoportico» (porche en français)…. La révolte alors a grondé, groupe Facebook en tête, pétition à la clef, et la municipalité a du céder car même certains adjoints et conseillers municipaux étaient opposés à cette « italiannisation » des « Nizioleti »…. Mais ça et là, il reste des séquelles, d’ailleurs on voit bien que celui-ci a été repeint récemment….

Nous voici enfin sur la grande place herbeuse de l’île, le « Campo San Pietro », là aussi nous devrions lire « San Piero »…. Elle se rejoint aussi directement en passant par le pont éponyme….

Profil du pont, devant le mur d’enceinte de l’Arsenal….

Et face à nous l’ancienne basilique de « San Piero de Casteo »….

J’adore les petites maisons rouges sur le côté, j’aimerais beaucoup y habiter…. Qui sait, plus tard ?….

Nous nous approchons de cette édifice qui fut pendant longtemps la Basilique de Venise…. Déjà au VIIème siècle à cet endroit fut érigée une église…. San Piero de 775 à 1807 fut le siège de l’évêché et la Basilique de Venise…. C’est Napoléon, encore lui, qui a transféré la Basilique de San Piero à San Marco, cette dernière n’étant, jusqu’en 1807, que l’église privée du Doge en charge….

Sinon, c’est aussi en ce lieu où ma Maman fut baptisée, fit sa première communion et autres pitreries de l’église catholique….

Un petit panonceau en italien, posté à l’entré nous apprend les informations élémentaires sur la construction de cet édifice religieux….

N’oublions le « Campanil », légèrement penché comme de nombreux « Campanil » vénitiens….

Entre les deux, le cloître avec son puits, dont voici l’entrée….

Pas très entretenu, un peu « brut de décoffrage », mais le charme de l’ancien…..

Des arcades, l’on aperçoit aussi bien le dôme de l’ancienne basilique…

Que le « Campaniel »….

Du « Campo San Piero », si l’on ne veut pas quitter l’île, nous sommes obligé de retourner sur nos pas…. L’île est petite et a la forme d’un olive comme on peut le voir sur la carte…. avant de s’appeler « Quintavalle », dans les temps plus anciens elle était connue sous le nom de « Olivolo »…. Les historiens se demandent encore si ce nom était dû à la forme de l’île ou à la culture présumée des oliviers….

Au détour d’une calle, une échelle enchainée et cadenassée, de peur qu’elle ne soit subtilisée…. La confiance règne….

Nous n’échappons pas, comme partout à Venise, à la madone nichée dans un mur….

Devant le Rio de San Piero, une nasse accrochée à une fontaine….

Et le pêcheur qui la répare….

Sur la rive de la « Fondamenta Olivolo » un plaisantin a installé un panonceau avec inscrit « Lungomare Saint Tropez »…. Ca fait au moins dix ans qu’il est là….

Avant de reprendre le « Motoscafo »  pour rentrer chez nous, un dernier coup d’œil sur la « casa natale de mia Mama » qui nous a quitté à l’âge de 90 ans, il y a maintenant deux années….

Et sur les vieilles marches de pierre qu’elle empruntait pour sortir de la  baignade….

En espérant vous avoir fait découvrir le charme de cette petite île éloignée du centre hyper touristique de Venise….

Où vous irez avec plaisir peut-être vous promener le long des quais de « San Piero de Casteo »….

Claudio Boaretto

 


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